28 avril 2008
Lettre documentaire 427
Les réponses de José María GIRONELLA au questionnaire de Proust
Quel est votre principal trait de caractère ? – La ténacité.
Quelle qualité recherchez-vous chez un homme ? – La puissance de création.
Quelle qualité préférez-vous chez une femme ? – Le sens du devoir et la douceur.
Qu’appréciez-vous le plus chez vos amis ? – La fidélité et la cordialité.
Quel est votre principal défaut ? – Le manque d’organisation pour les petites choses.
Votre occupation favorite ? – Ecrire.
Votre idée du bonheur ? – Je ne rêve pas de bonheur, je me contente de la paix, de la tranquillité.
Quel serait votre plus grand malheur ? – Retomber dans la dépression.
Qu’aimeriez-vous être ? – Un bon écrivain.
Dans quelle ville préférez-vous vivre ? – Paris ou Rome.
Quelle est votre couleur préférée ? – La question me paraît idiote.
Quelle est votre fleur préférée ? – La question me paraît idiote.
Quel est votre oiseau préféré ? – La question me paraît idiote.
Vos prosateurs préférés ? – Mes préférences changent au fil des ans. Actuellement je suis dans Papini, Kazantzakis et Léon Bloy.
Vos poètes préférés ? – Je suis assez insensible à la poésie écrite. Par exemple, Platero y yo (de Juan Ramón Jiménez, prix Nobel 1956, NdT) me paraît cucul. En tout cas, Claudel me semble être un bon poète. Machado aussi. Lorca, à un niveau très inférieur.
Vos héros de fiction ? – Aucun.
Vos héroïnes favorites de fiction ? – Aucune.
Vos compositeurs préférés ? – Il y en a au moins vingt, qui m’aident à vivre. Au-dessus de tous, Beethoven.
Vos peintres préférés ? – Il y en a au moins trente. L’un de mes préférés est Dürer.
Vos héros dans la vie réelle ? – Ceux qui consacrent leur vie aux autres, comme les missionnaires : J. Baker, Albert Schweitzer, etc.
Vos héroïnes historiques ? – L’héroïsme que l’on appelle historique me laisse assez indifférent.
Vos noms favoris ? – Je ne sais que dire.
Que détestez-vous le plus ? – La fausseté et l’envie.
Quels caractères historiques détestez-vous le plus ? – Juger nos ancêtres peut être risqué, car l’Histoire falsifie souvent les faits.
Quelle action militaire admirez-vous le plus ? – Les actions militaires me laissent froid. Je suis objecteur de conscience.
Quelle réforme vous a paru la plus importante ? – Celle que certains hommes accomplissent en eux-mêmes.
Quels dons naturels aimeriez-vous posséder ? – Une bonne mémoire. Cela me manque beaucoup.
Comment aimeriez-vous mourir ? – J’aimerais ne pas mourir.
Quel est votre état d’esprit actuel ? – Je suis avide de comprendre.
Quels actes vous inspirent le plus d’indulgence ? – Tous les péchés par tempérament.
Quel est votre devise ? – Travailler, voyager, avoir quelques amis.
Questionnaire publié dans José María Gironella, par José Antonio Salso (Madrid : Ministerio de Cultura, 1982, p. 167-168) ici traduit sans autorisation par Philippe Billé.
24 avril 2008
Lettre documentaire 426
LEGO PARK
par Pascal Z
Mon père est né en Guadeloupe des fruits des amours illégitimes (la chose est fréquente sous ces latitudes) d'une dame venue de Haïti (pour des raisons fort romanesques : un trésor caché, un esclave décapité, un témoin, une prédiction), et d'un commerçant syro-libanais d'origine arménienne (en Guadeloupe, les commerçants libanais sont appelés des Syriens). Après la naissance de mon père et de ma tante (fruit des mêmes amours illégitimes) ma grand-mère se maria avec un haut fonctionnaire de l'administration coloniale locale (son frère fit une carrière militaire qu'il termina, je crois, au grade de général). Après avoir passé son baccalauréat, mon père partit à Paris faire des études de droit. Ses études terminées, il trouva à travailler dans une compagnie d'assurance (d'après ce que je sais, il fréquentait alors les cercles de jeu et les cours du Parti Communiste). C'est à cette époque (1958-1959) qu'il rencontra ma mère (peut-être l'a-t-il séduite avec cette histoire de trésor?).
Ma mère est née à Lyon. Son père était dessinateur industriel à la SNCF, sa mère institutrice dans la région de Châtillon sur Chalaronne (milieu relativement modeste, mon grand-père était gaulliste, ma grand-mère de gauche, ils ne s'entendaient sur rien mis à part des convictions anti-religieuses communes). Ma mère a fait les Beaux-Arts, et lorsqu'elle rencontra mon père elle était décoratrice (elle montait les vitrines) dans diverses boutiques de luxe parisiennes.
Mon frère et moi (nous sommes jumeaux, faux jumeaux) sommes nés en novembre 1959. Le couple ne roulait pas sur l'or, mes parents logeaient dans une petite chambre de bonne, rue Palatine, à côté de Saint-Sulpice. Il fut décidé (j'avais 8 mois) de revenir en Guadeloupe. Le retour se fit par bateau (le paquebot Antilles) qui à l'époque était le moyen de transport le moins onéreux.
Sur place, mon père trouva à travailler dans une banque locale (la première banque locale montée par un jeune Antillais polytechnicien), ma mère fut professeur de dessin. Nous habitions au Raizet, sorte de banlieue tropicale (Jean Raspail, dans un ouvrage portant sur un voyage aux Antilles paru dans les années 70, dit que c'est Asnières sur tropiques) où mon frère et moi traînions en compagnie de jeunes gens désoeuvrés, au grand dam de ma mère.
Mon père continua à travailler au sein de la même banque (il y fit toute sa carrière), ma mère devint professeur de lettres (elle nous quitta au cours des années 1967-1968 pour passer divers certificats à Nanterre ; elle fut spectatrice des événements). Mes parents fréquentaient un milieu de professeurs (c'est à cette époque qu'ils firent la connaissance de ton président -Singaravélou- venu terminer une thèse sur la présence indienne aux Antilles), mon frère et moi les mêmes mauvais garçons avec qui nous allions chasser les fou-fous (les colibris) dans la mangrove et faire des parties de pêche sous-marine.
Ma jeunesse fut douce et les filles jolies.
Au milieu des années 70, nous quittâmes Le Raizet (ascension sociale oblige, entre temps tout en continuant ses activités de professeur, ma mère avait monté un commerce de produits nordiques - vaisselle, etc...) pour habiter Le Gosier, site plutôt touristique, dans une maison avec vue sur la mer.
C'est à cette époque que j'ai rencontré celle qui devait devenir ma femme (elle venait passer ses vacances chez sa grand-mère, qui s'était installée en Guadeloupe) dont les parents sont originaires des Charentes (région de Royan, La Tremblade).
En 1976 (la Soufrière faisait des siennes, les lycées servaient de refuge) il fut jugé préférable que j'allasse passer mon bac à Paris, où mes parents étaient toujours locataires (pour une bouchée de pain) d'une chambre de bonne (je fus pensionnaire au lycée de Rambouillet). A compter de cette date, je ne suis retourné en Guadeloupe (le monde est vaste) qu'à quatre ou cinq reprises. La plus longue fut en 1989 (environ un an) pour y travailler. Ce fut également l'année du cyclone Hugo (des vents à 300 km/h, deux mois sans électricité). Ma femme ayant des problèmes d'adaptation, je quittai les tropiques pour la Provence.
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(Esquisse autobiographique reçue le 25 août 2007 aux Archives documentaires).