Archives documentaires

Inédits, traductions & raretés, mis au net par Philippe Billé. ("J'ai vu les moeurs de mon temps, et j'ai publié ces Lettres." - JJR)

29 novembre 2007

Lettre documentaire 411

NOURRIR LES NUTRIAS

par Jim Goad

Des balles de pluie glacées me pleuvaient sur la tête, tandis que je faisais le tour de la cour de la prison, en respirant de l’air frais pour la première fois depuis près de huit mois. C’était la fin janvier, j’avais été confiné dans des cellules sans aération depuis le mois de mai. J’étais devenu pâle comme de la craie, mon dos était une plantation de pustules. L’air pur et la pluie froide étaient comme un baptême.
Alors que je passais dans l’angle de la piste, j’ai eu la surprise de voir qu’une famille de rats de quinze kilos se bousculaient dans l’herbe. Ils se tenaient tout près du bord de la piste, à la portée de mes pieds. Les autres prisonniers ne semblaient pas faire cas de ces rongeurs géants. Je regagnai mon dortoir en me grattant la tête et en me demandant si finalement je n’étais pas devenu fou.
Un détenu m’expliqua plus tard que ces créatures s’appelaient des «nutrias», qu’elles sortaient souvent des marais voisins et rampaient par-dessous les clôtures de la prison pour venir se faire nourrir par les prisonniers. Ces animaux ne sont répandus que dans les états marécageux de la côte du Golfe, et dans certaines régions du Nord-Ouest, près du Pacifique. Je connaissais le Nutraloaf, une bouillie écoeurante que l’on donnait aux détenus récalcitrants, mais jusqu’alors je n’avais jamais entendu parler des «nutrias». Ce nom semblait désigner un gel-douche vitaminé plutôt qu’une espèce de rat disproportionné.
Gros D était dans la trentaine, il avait été condamné pour avoir tué sa mère à coups de batte de  base-ball quand il était adolescent. Le bruit circulait que quand il était arrivé en taule, c’était un jeunot efflanqué, qui s’était fait sérieusement malmener. Au fil des ans, les haltères l’avaient transformé en un énorme paquet de muscles. Il avait un corps de Bibendum. Il pouvait vous attraper le cou entre ses doigts boudinés. Mais tous les jours, Gros D sortait avec des morceaux de pomme ou d’orange, pour donner à manger aux nutrias.
Je pensais que Gros D ne serait jamais libéré sur parole, mais il y a un an de ça, j’ai soudain entendu sa voix éraillée derrière moi, dans une supérette. Je me suis retourné et je l’ai vu ricaner, l’assassin était tout d’un coup un homme libre. Sa liberté conditionnelle était si stricte, que s’il était seulement entré dans un bar, il serait retourné passer le reste de sa vie en prison. Il a dit que nous devrions nous voir de temps en temps, et m’a donné une carte de visite avec le numéro du centre de l’Armée du Salut où il résidait.
Il a essayé de me téléphoner une fois, mais je ne l’ai jamais rappelé. Il m’effrayait. Il était l’un des très rares condamnés que j’aie rencontrés, dont je pensais qu’il ne faudrait jamais le relâcher. La plupart des autres n’étaient que des branleurs et des trous du cul, qui ne présentaient de danger que pour eux-mêmes. Mais Gros D, il lui manquait carrément une case. Je ne voulais pas lui marcher sur le pied par inadvertance et mourir étranglé.
Je ne l’ai jamais revu. J’en ai conclu qu’il est probablement retourné en prison.
Mais je peux me tromper. Peut-être qu’après avoir tué sa mère, et être resté vingt ans enterré vivant, il a compris comment maintenir une part de son coeur en vie. Après tout, il sortait nourrir les nutrias tous les jours.

Feeding the nutria», par Jim Goad, 26 septembre 2003, ici traduit par Philippe Billé.
Note du traducteur : Nutria est le nom espagnol des loutres, employé aux USA pour désigner, comme ici, les ragondins (Myocastor coypus) lesquels sont en fait des rongeurs et non des carnivores comme les loutres)

Posté par Ph B à 13:35 - goad - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

28 novembre 2007

Lettre documentaire 410

IL A FAIT 37° AUJOURD’HUI A PORTLAND

Tu suces ?

It was 100 degrees in Portland today», par Jim Goad, 9 août 2004, ici traduit par Philippe Billé)

Posté par Ph B à 09:53 - goad - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

27 novembre 2007

Lettre documentaire 409

IL A FAIT 39° AUJOURD’HUI A PORTLAND

Tu veux te battre ?

It was 103 degrees in Portland today», par Jim Goad, 23 juillet 2004, ici traduit par Philippe Billé)

Posté par Ph B à 21:50 - goad - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

25 novembre 2007

Lettre documentaire 408

QUAND EST-CE QUE TOUT LE MONDE S’EST MIS A VOLER DANS LES FILMS DE KUNG-FU ?
par Jim Goad

J’ai détourné la tête pendant à peine cinq minutes, et quand je me suis retourné, tous les acteurs du film d’arts martiaux étaient soudain capables de voler. COMMENT et POURQUOI est-ce qu’ils volent tous demeure un mystère pour moi.
Il y a quelques années, un banal navet intitulé Tigre et dragon fut nominé pour un oscar du meilleur film sans aucune raison apparente, sinon que ses cow-boys kung-fu étaient capables de grimper aux murs et de voler dans les airs.
L’autre jour, quelqu’un qui ignore que je ne vais JAMAIS au cinéma, m’a recommandé de claquer 8 dollars pour aller m’asseoir sur des taches de sperme séché et des grains de pop-corn erratiques, afin de regarder Crazy Kung Fu.
- Ils volent, dans ce film ?
- Comment ça ?
- Tu sais, quand ils font leur kung-fu, est-ce qu’ils se mettent à voler dans tous les sens ?
- Ouais, ils volent un peu.
- Alors, ça m’intéresse pas. Ils m’ennuient, quand ils volent partout. Combien de gamins innocents se sont-ils tués bêtement en voulant les imiter ? Pourquoi les amateurs de ces films sont-ils si stupides et conditionnés, qu’ils ne remettent même pas en question tout ce voletage ? N’est-ce pas là un signe de la Fin des Temps, ou l’un des Sept Sceaux de l’Apocalypse – tout le monde se mettra à voler ?
Il n’a rien répondu. Et je suis parti. En marchant. Pas en volant. Les gens ne peuvent pas voler.

When did everyone start flying in kung fu movies?», par Jim Goad, 29 avril 2005, ici traduit par Philippe Billé)

Posté par Ph B à 08:49 - goad - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

24 novembre 2007

Lettre documentaire 407

COMMENT ILS TUENT LES ENNEMIS QU’ILS CAPTURENT, ET LES MANGENT

par Cabeza de Vaca

Quelque temps après l’arrivée du gouverneur Cabeza de Vaca à ladite ville d’Asunción, les habitants et les conquérants qu’il y trouva lui adressèrent des plaintes très graves contre les officiers de Sa Majesté. Il fit donc rassembler tous les Indiens sujets du roi, et leur dit, en présence des religieux et des prêtres, que Sa Majesté l’avait envoyé pour les protéger et leur expliquer qu’ils devaient s’appliquer à la connaissance de Dieu, se faire chrétiens par l’enseignement des religieux et des prêtres, qui étaient venus pour cela comme des ministres de Dieu, et se soumettre au Roi ; qu’en agissant ainsi, ils seraient mieux traités et protégés plus efficacement que jamais ils ne l’avaient été. Il leur défendit de continuer à manger de la chair humaine, car c’était un grand péché et une grave offense qu’ils faisaient à Dieu. Les religieux et les prêtres dirent de même. Et, afin de les satisfaire, il leur fit distribuer de nombreux présents, des chemises, des vêtements, des bonnets et autres objets, dont ils se réjouirent. Ces Guaranis parlent une langue comprise de toutes les autres nations de la province. Lorsqu’ils sont en guerre, ils mangent la chair des Indiens leurs ennemis ; s’ils en capturent au cours des combats, ils conduisent les prisonniers à leurs villages, se divertissent avec eux ; ils dansent, chantent et célèbrent des fêtes jusqu’à ce que le captif soit bien en chair ; car, dès qu’ils se sont emparés de lui, ils l’engraissent et lui fournissent autant d’aliments qu’il en désire. Ils lui livrent leurs propres femmes et leurs filles, afin qu’il prenne ses ébats avec elles. Ce sont ces Indiennes elles-mêmes, celles qui sont le plus en considération, qui ont soin de le nourrir. Elles le font coucher avec elles, et le parent de diverses manières, suivant leur usage, avec beaucoup de plumes et des perles blanches, faites avec des os et des pierres qu’ils prisent extrêmement. Quand le prisonnier a pris de l’embonpoint, les plaisirs, les danses et les chants redoublent. Alors les hommes se rassemblent, ils arrangent et parent trois petits garçons de six ou sept ans, et leur mettent dans la main une petite hache de cuivre. Le plus brave de la peuplade saisit une épée de bois, nommée macana, puis on conduit le captif sur une place, où on le fait danser pendant une heure. Quand il a fini de danser, le bourreau s’avance, et lui assène des deux mains un coup de son épée dans les reins, et un autre dans les jambes pour le faire tomber. Il arrive quelquefois que six coups appliqués à la tête ne suffisent à le terrasser. La dureté de leur crâne est surprenante, car l’épée avec laquelle on le frappe à deux mains est d’un bois noir dur et pesant, si bien qu’il suffirait à un homme vigoureux pour assommer un boeuf d’un seul coup, mais il en faut un grand nombre pour abattre ce genre d’homme. Aussitôt qu’on y est parvenu, les enfants arrivent avec leurs petites haches. Le plus grand d’entre eux, ou le fils du chef, frappe le premier sur la tête du captif, puis les autres l’imitent à coups redoublés jusqu’à ce que le sang jaillisse. Pendant ce temps les adultes les exhortent en criant à être braves, à s’exercer, à avoir le courage de tuer leurs ennemis et de faire la guerre. Ils leur disent de se venger et de se souvenir que ce prisonnier a tué des leurs. Après sa mort, celui qui lui a donné le premier coup prend son nom, qu’il porte dorénavant comme un témoignage de sa vaillance. Puis les vieilles femmes dépècent le cadavre, font cuire les chairs, les partagent, et on les mange. Ils regardent cette nourriture comme un aliment excellent. Ensuite ils recommencent leurs danses et leurs jeux, qui durent encore plusieurs jours. Ils disent que leur ennemi, le meurtrier de leurs parents, est mort par leurs mains ; que maintenant ceux-ci reposeront en paix, et se réjouiront de cette vengeance.

«De cómo matan a sus enemigos que captivan, y se los comen», chapitre XVI des Comentarios d’Alvar Núñez Cabeza de Vaca, rédigés par son secrétaire Pero Hernández (Valladolid, 1555). Traduction française de Henri Ternaux-Compans (Paris, 1837) ici revue par Philippe Billé (2007). Les mœurs évoquées étaient celles des Indiens d’alors dans l’actuel Paraguay.

Posté par Ph B à 22:33 - cannibales - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

13 novembre 2007

Lettre documentaire 406

L’HOROSCOPE D’AUJOURD’HUI : VOUS ÊTES IDIOT

par Jim Goad

Je ne sais au juste si la croyance en l’astrologie résulte d’un handicap mental ou en est la cause. L’idée que «les étoiles» soient en quelque sorte CONSCIENTES que des êtres humains divisent arbitrairement l’année en douze sections, avec un joli symbole attribué à chacune, et plus encore la conviction que «les étoiles» en aient quoi que ce soit à FOUTRE, est le signe d’une simplicité crânienne de chasseur-collecteur. Quand quelqu’un me demande quel est mon «signe», il me tend par le fait une pancarte invisible, qui dit JE SUIS DEMEURÉ.
J’ai la même date d’anniversaire que le dealer de coke va-t’en-guerre George Bush Senior, le crooner homosexuel Jim «Gomer Pyle» Nabors, et le hors d’œuvre nazi Anne Frank. Et je ne partage AUCUN TRAIT DE CARACTÈRE avec AUCUN d’entre eux. Cela suffit à réfuter l’astrologie. Point final.
Je ne perdrai même pas mon temps à exposer la tactique bidon qu’appliquent les astrologues pour embobiner les vulnérables pigeons qui avalent leur foutre cosmique. GÉMEAUX : Certains jours, vous vous sentez mieux que d’autres… Un ami à vous a eu récemment des problèmes en affaires… OH MON DIEU ! ILS PARLENT DE MOI !!!
Si vous avez besoin d’un horoscope pour vous dire votre avenir, c’est que vous n’avez AUCUN avenir.

Today’s horoscope : you’re stupid», par Jim Goad, 21 septembre 2003, ici traduit par Philippe Billé)

Posté par Ph B à 09:06 - goad - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

06 novembre 2007

Lettre documentaire 405

APHORISMES DES LETTRES ESPAGNOLES d'Antonio Pérez

2. La langue et les mots, branche et feuilles du cœur : et signe qu’il est sec, ou bien vert.

73. Vieille dispute, entre la Fortune et la Nature.

80. Des promesses de rois, eux-mêmes doivent être témoins, et juges : car il n’y a tribunal devant qui les citer, sauf celui de la honte.

89. Comme la mer calme n’est pas si admirable à la vue, ni ne manifeste si bien sa grandeur, que quand elle est déchaînée, de même nous écoutons plus volontiers narrer des aventures et des désastres, que des faveurs.

91. La bonne et la mauvaise Fortune sont les deux sculpteurs de la Nature, qui polissent la matière humaine.

103. Les princes devraient craindre les historiens, plus que les femmes laides les grands peintres.

108. L’Amour et l’Obéissance, frères naturels.

166. L’ajournement, parent de l’oubli.

167. L’Amour est de la nature de la bonne odeur.

168. Les grandes charges honorent certains : d’autres, elles les rémunèrent, et découvrent leur valeur.

172. La palissade des dents, pour contenir la langue.

177. La langue est le plus faux témoin du cœur.

180. La plume, sixième sens pour les absents, qui n’ont pu user des cinq autres.

183. Le Oui et le Non sont les plus brèves paroles, par quoi promptement les hommes se détrompent, y compris les plus laconiques.

186. Contre les armes de l’Art, rien ne vaut que de combattre désarmé. Telle est la force de la Vérité : plus grande, si elle est nue.

192. Le propre de l’excuse, faire feu de tout bois.

195. La vieille amitié, comme le vin vieux : plus elle date, plus elle est forte.

202. La plume coupe plus qu’une épée effilée.

206. La mémoire de ce que l’on aime est plus vive qu’un portrait en couleurs, tant sont plus délicats le pinceau de l’amour, et les nuances de l’imagination.

207. Respiration d’absents, les lettres des amis.

218. La curiosité désire plus souvent connaître le poursuivi d’un roi, que son favori : car la persécution inspire plus d’estime, que la faveur.

219. Le feu pris à une maison se voit souvent plus vite du dehors, que du dedans : ainsi les dommages d’un pays.

231. Sans confiance, on ne peut vivre.

237. Maladie humaine naturelle, que de chercher excuse à tout.

APHORISMES DES LETTRES LATINES

1. Grande gloire pour quelqu’un, que d’être estimé et célébré par les absents, et des inconnus.

14. Les princes, sujets à la Fortune, comme à la Nature, et à la Mort.

19. L’étranger doit fidélité au prince, qui l’accueille et l’abrite dans son royaume, ainsi qu’il la devrait à son seigneur naturel.

25. Bonne chance des rois, que des conseillers prudents, et fidèles.

26. La Fidélité sans Prudence est de peu de profit.

27. La Prudence sans Fidélité est une flèche empoisonnée, si l’on peut appeler Prudence celle qui n’est pas vertu : Sagacité, plutôt.

28. Il est des hommes, et ce sont souvent les meilleurs, qui sont plus estimés une fois perdus, que quand on les a.

29. Il faut pallier par la Prudence, l’Ignorance de certains : par la Patience, la Malice de certains autres.

36. Au cours des saisons, au cours du temps, connaître les occasions, et en jouir au bon moment.

38. L’ami à côté, a l’effet de l’ombre dans les peintures.

57. La Fortune peut égaliser les hommes dans leurs biens extérieurs, pas dans leurs naturels, qui ne sont pas de son domaine.

58. Les lettres des amis recréent leur âme, comme le portrait leur aspect.

59. Quelqu’un a appelé les lettres familières, un portrait de l’âme.

62. Grand signe d’amitié, quand l’ami absent ou souffrant, ses amis se réunissent entre eux pour se lamenter, ou discuter du remède.

73. La beauté de l’âme s’accroît avec l’âge, à mesure que décroît celle du corps.

108. L’amitié, doux empire : et douce servitude.

111. Serviteurs très familiers, hardis et dangereux.

112. La sueur de l’âme s’éponge avec d’autres serviettes, que celle du corps.

113. Médecine de l’âme, le dialogue avec l’ami.

114. Sépulture de l’âme, un corps triste.

115. Il n’est chose plus légère qu’un pli de papier blanc, ni plus grave que le même, rempli des douleurs d’un affligé.

116. La coupure d’un couteau tranchant, ni le soleil lui-même, ne pénètrent aussi loin que l’œil d’un ami.

118. A beaucoup de problèmes, auxquels les moyens humains ne pouvaient apporter de remède, il en est venu un de quelque accident, que l’on n’avait imaginé.

130. Douce force que celle des amis : profitable parfois, et d’autres fois nuisible.

[Aphorismes extraits des lettres d'Antonio Pérez (1534?-1611) choisis et traduits de l'espagnol par Philippe Billé]

Posté par Ph B à 09:04 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

03 novembre 2007

Lettre documentaire 404

DE L’AUTRE COTÉ DES BARREAUX, par Jim Goad

Voilà plus de cinq ans, j’étais jeté dans une cellule du poste de police du secteur sud-est de Portland. J’ai attendu seul, dans cette caisse en ciment froide, de pouvoir parler avec l’enquêteur qui m’avait dit au téléphone, quand j’étais encore en liberté, qu’il allait me pourchasser «comme un chien». Je lui ai dit de parler à mon avocat et lui ai souhaité de «passer une bonne journée».
J’étais sûr que je ne resterais pas enfermé plus longtemps que le week-end. Mais cette cellule ne fut que la première d’une longue série qui allaient me retenir prisonnier, pendant presque deux ans et demi.
Hier, je me suis assis de nouveau dans la même cellule. Je jouais le rôle d’un con de policier dans un film indépendant local, et le bureau du shérif avait autorisé les producteurs à tourner dans ces locaux. Sans rien savoir de moi ni de mon passé, le scénariste avait écrit une phrase où mon personnage disait à un visiteur que «avec ces tatouages, nous pourrions vous prendre pour un de ces animaux et vous retenir par erreur.»
Animaux. Pourchasser comme un chien. La même cellule. Pour boucler la boucle, j’ai ajouté une phrase où je dis au visiteur de «passer une bonne journée».

The other side of the bars», par Jim Goad, 9 septembre 2003, ici traduit par Philippe Billé)

Posté par Ph B à 21:10 - goad - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
« Accueil  1