Archives documentaires

Inédits, traductions & raretés, mis au net par Philippe Billé. ("J'ai vu les moeurs de mon temps, et j'ai publié ces Lettres." - JJR)

26 octobre 2007

Lettre documentaire 403

MOUCHE SUR UN PARE-BRISE, par Jim Goad

Vous filez sur l’autoroute, un jour où il fait si chaud que vous voyez l’asphalte vibrer en faisant comme des vagues. Vous êtes bien au frais dans l’habitacle climatisé. Des insectes, si mécaniquement idiots, mais libres, viennent s’écraser tout droit sur le pare-brise. Leur vie insignifiante prend fin instantanément, dans un choc inaudible. Tout ce qui reste de leur existence est un petit amas de sang et de viscères. Vous ne ressentez rien, vous continuez de rouler.
Vous êtes plus proche de la divinité que vous ne le serez jamais. Une giclée de lave-vitre, quelques coups d’essuie-glace et tout a disparu.
Est-ce que la bestiole laide et sans valeur possède une conscience rudimentaire qui éprouve une terreur existentielle au moment de l’impact? Je suis sûr que les humains ressentent une intense épouvante au dernier instant, quand vous réalisez que le reste de l’éternité va continuer de s’arranger très bien sans vous. Ma conception de l’enfer serait que ce moment s’étire indéfiniment…, que l’on ne parvienne jamais à la paix ultime de la mort, que l’on reste pris dans ces limbes, tenaillé à jamais par la fausse promesse.
En un sens, telle est la condition de base du fait d’être vivant. Nous savons tous que le pare-brise est quelque part sur l’autoroute et qu’il fonce vers nous.

Bug on a windshield», par Jim Goad, 28 juillet 2003, ici traduit par Philippe Billé)

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25 octobre 2007

Lettre documentaire 402

LES PUTES DE BURNSIDE, par Jim Goad

Comme une hache qui fend un crâne en deux, Burnside Street traverse entièrement Portland, séparant nettement la ville entre sa partie nord et sa partie sud. Dans les adresses, toutes les rues au nord de Burnside ont un préfixe N, au sud un préfixe S. Burnside est l’Equateur de Portland.
Selon une source, dans les années 1860, «les saloons et les marins faisaient à la rue une telle réputation qu’il était impossible à une entreprise respectable de s’y installer.» Cette tradition de débauche continue en quelque sorte, au moins dans les zones lépreuses situées de part et d’autre du Burnside Bridge, lequel enjambe la rivière et sépare Portland-Est du centre-ville.
C’est là que traînent les putes de Burnside. Des femmes laides de la tête aux pieds. Peau jaunâtre pendouillant sur leurs os, plaies purulentes, brûlures de pipe à méthadone, cocards des dernières gifles administrées par leurs maquereaux noirs comme du charbon. Elles débitent à toute heure du jour leur chair pourrie à des banlieusards désespérés qui viennent ici à la recherche d’une maladie que leur femme ne peut leur donner.
Je n’éprouve pas le besoin de m’en faire pour ces types. J’aimerais avoir pitié des putes de Burnside, mais c’est difficile, vraiment difficile. Parfois, même Superman a besoin d’un petit somme.

The bitches of Burnside», par Jim Goad, 30 juin 2003, ici traduit par Philippe Billé).

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18 octobre 2007

Lettre documentaire 401

J'AI BESOIN D'UNE VOITURE, par Jim Goad

 

J’ai besoin d’une voiture, j’en ai vraiment besoin. J’ai besoin de sauter dedans, de claquer la portière, et de rouler toute la nuit jusqu’à me retrouver au petit matin quelque part dans le Montana, le Nevada ou le Wyoming. Je veux baisser les vitres et laisser l’air de la nuit d’été souffler dans ma chevelure copieusement gominée. Puis, après m’être arrêté près d’une cascade, avoir pris un milkshake dans un restaurant au bord de la route et serré la main d’un bon vieil Indien, je pourrai rentrer à la maison, et tout ira mieux.

("I need a car", par Jim Goad, 18 juin 2003, ici traduit par Philippe Billé).

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16 octobre 2007

Lettre documentaire 400

L’EGALITE, C'EST NULLE-PART-CITY, par Jim Goad

L’égalité est une des notions les plus ridicules jamais inventées. Malgré son évidente fausseté, elle est ce que notre société laïque a produit de plus proche d’une croyance religieuse répandue. Elle sert principalement de tranquillisant pour les moins-égaux.
Une manière simple de réfuter l’idée d’égalité auprès de ceux qui la prêchent consiste à leur dire que vous n’y croyez pas. Ils se sentiront immédiatement supérieurs à vous.

("Equality is Nowheresville", par Jim Goad, 3 juin 2003, ici traduit par Philippe Billé).

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09 octobre 2007

Lettre documentaire 399

LA PERLE

Votre beauté sans seconde
Vous fait de tous appeler
La perle unique du monde:
Il faut donc vous enfiler.

Du Cabinet satyrique, ou satirique, de 1660 (à vérifier toutefois).

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